ecrire un dialogue

Ecrire un dialogue, c’est facile.

Si, si, je vous assure.

D’après les pages ressortant sur Google : un dialogue se résume à quelques règles typographiques. « Alors on met un guillemet ici, un tiret cadratin là, un espace après ceci, un saut de ligne après cela.» Et pouf ! On a écrit un dialogue…

SUPER ! Vous n’êtes pas plus avancé. Concrètement, vous ne savez toujours pas quand placer vos dialogues. Ni comment les utiliser efficacement ou les rendre poignants.

Pas de souci. Aujourd’hui, je vous détaille tous les aspects du dialogue qui ne sont jamais abordés. Alors non je ne vais pas parler des guillemets et des sauts de lignes. Voici le programme :

  1. Comprendre les fonctions du dialogue.
  2. Utiliser les trois niveaux de sens d’un dialogue.
  3. Ecrire un dialogue unique.
  4. Améliorer son style.
  5. Ecrire un dialogue sans ruiner son histoire.

Mais avant tout ça, laissez-moi vous conter un récit.

Le syndrome du dialogue paraphrasé :

Marion a un rêve : écrire un roman.

Marion a beaucoup travaillé. Le premier jet est terminé. Elle a corrigé et réécris son texte plusieurs fois. Le résultat est satisfaisant. Déjà, elle sent entre ses doigts la douceur des pages et leur odeur si particulière. Mais Marion n’en est pas encore là. Malgré ses corrections, un problème subsiste : Ses dialogues sont plats. Creux. Sans vie. Ils sont embarrassants. En fait, ils gâchent tout.

Alors Marion retourne devant son ordinateur. Elle reprend chaque ligne de dialogue, une à une et les modifie. Elle ajoute des points d’exclamation et des incises. Une réplique sonne faux ? Elle remplace les mots. Elle change la formulation des phrases.

Inlassablement, Marion retravaille l’entièreté de ses dialogues. C’est long. Et dur. Mais lorsqu’elle a fini, elle se sent soulagée. Enfin, le problème est réglé !

Alors elle relit une dernière fois son roman et… Elle tombe dénue. Rien n’a changé. Les dialogues sont toujours aussi barbants. Bien sûr, ce ne sont pas les mêmes suites de mots, mais les problèmes sont encore présents. Comme une tâche d’encre gâchant un superbe dessin.

Ici, le souci de Marion n’est pas d’utiliser des mots fades ni même d’écrire de mauvais dialogues. Non, son blocage vient du fait qu’elle ne comprend pas ce qu’est un dialogue. Donc elle ne réalise pas que son véritable problème est plus profond : il vient de la construction de ses dialogues.

Elle retravaille la forme alors que les soucis viennent du fond.

Prêt à rentrer dans le vif du sujet ?

Etape 1 : Comprendre les fonctions du dialogue

Un dialogue est un passage lors duquel le narrateur cesse de parler pour laisser un personnage s’exprimer directement. Mais, pour l’auteur, quelles sont les utilités du dialogue ?

C’est ce que nous allons voir dès maintenant.

L’exposition :

Première utilité du dialogue : exposer votre récit. C’est-à-dire, donner aux lecteurs les informations dont ils ont besoin pour suivre votre roman.

Pour exposer votre histoire par le dialogue, vous pouvez faire dire (ou suggérer) les informations par vos personnages. Mais ATTENTION ! Les répliques doivent rester cohérentes. Un personnage prononce des phrases pour une raison liée à l’histoire, pas parce que vous avez besoin qu’il les prononce.

Un mauvais exemple :

Observez cette réplique : « Dis, Frérot, tu te souviens de la fois où je me suis cassé une jambe. Tu sais, juste après que je sois sorti de l’école de police. On fuyait une bande de chiens sauvages lorsqu’Emilie et Sabine nous ont sauvés en ouvrant leur porte… Je n’aurais jamais pensé qu’un an plus tard nous serions tous les deux mariés avec l’une d’elles. »

Ça pique, n’est-ce pas ? On sent clairement que le personnage est une marionnette qui prononce les mots que je lui souffle. Il n’a AUCUN intérêt à dire ça. De toute évidence, son frère connaît cette histoire puisqu’il était là et que cela a abouti à son mariage.

Ce qu’il faut faire :

Pour exposer votre histoire sans ruiner vos dialogues, faites ceci :

  • Utilisez l’exposition à l’insu des lecteurs. Donc lorsque vous révélez une information, elle glisse inconsciemment dans leur esprit sans qu’ils ne s’attardent dessus.
  • Exposez via le dialogue uniquement lorsque c’est nécessaire. Mécaniquement, moins vous exposez via vos dialogues, moins cela se remarquera.
  • Parsemez l’exposition au fur et à mesure de votre histoire. Certaines informations sont capitales et doivent être données dès le début. D’autres peuvent attendre le milieu voire la fin.
  • Concentrez vos efforts sur ce qui importe. Une information anodine sera glissée discrètement une fois. Mais si un élément doit impérativement être présent dans l’esprit de vos lecteurs, faites des rappels. Toujours avec discrétion.

Le souci, me direz-vous, c’est que ce n’est pas si facile de transmettre l’exposition discrètement.

Heureusement, il existe trois solutions à ce problème.

La motivation narrative :

C’est tout simple, l’élément d’exposition que vous allez révéler va en même temps titiller la curiosité de vos lecteurs.

Imaginez un personnage qui achète un bouquet le jour de la fête des mères. Le fleuriste lui demande s’il veut une étiquette « bonne fête maman ». Et là, le personnage répond : « Non, elle est morte. »

On a exposé le fait que le personnage a perdu sa mère lorsqu’il était petit. Pourtant, cela ne paraît pas artificiel car cette information provoque un questionnement. Pour qui est le bouquet ? Est-ce pour déposer sur la tombe de sa mère ? Pour quelqu’un d’autre ?

Et hop ! Ni vu, ni connu, l’exposition est transmise.

L’arme secrète :

Le principe : votre personnage utilise un élément d’exposition pour atteindre son but dans la scène.

Exemple :

Deux frères, Max et Mat, s’engueulent. Max reproche à son frère de ne jamais lui accorder de son temps. Mat veut lui prouver qu’il a tort. Il répond : « J’ai passé trois mois de ma vie à ton chevet. Sans moi, tu ne marcherais toujours pas. Mais c’est vrai. Tu as raison : je ne suis jamais là pour toi. »

On sait que Max a été à l’hôpital. On comprend qu’il a certainement eu un accident et que Mat l’a aidé à surmonter cette épreuve. Mais vous remarquerez que ces informations passent naturellement. Mat utilise un élément de son passé (d’exposition) pour prouver à son frère qu’il a tort. Résultat : on observe le conflit sans remarquer l’exposition.

La révélation :

La troisième technique consiste à faire une grosse révélation à vos lecteurs. L’information révélée doit être marquante et éclairer votre histoire d’un nouveau jour.

Ainsi, vos lecteurs « revoient » votre récit avec cet élément en plus. Ils se disent : « Mais oui, c’était bizarre que tel personnage agisse ainsi. Maintenant, je comprends pourquoi. » Et pendant ce temps, vous souriez. Parce que vous avez encore glissé votre exposition à leur insu.

La caractérisation :

La deuxième utilité d’un dialogue est de caractériser vos personnages. Effectivement, suivant l’époque, le lieu de naissance, le métier ou les valeurs, vos personnages parleront différemment. Il faut donc personnaliser les dialogues.

Plus facile à dire qu’à faire. C’est pourquoi l’étape 3 est entièrement dédiée à ce point.

L’action :

Troisième fonction du dialogue : l’action.

Il en existe trois types différents :

  • Verbale. Donc par les mots.
  • Physique. Par l’utilisation du corps.
  • Et mentale. Une réflexion, une pensée, une émotion provoque un changement d’attitude ou de point de vue chez le personnage.

Ici, nous sommes intéressés par l’action verbale.

Concrètement, vos personnages ne parlent pas « pour rien ». Trois éléments sont la cause de tout dialogue :

  1. Le besoin. Votre personnage a un problème à régler. Dans l’exemple de Max et Mat, Mat ressent le BESOIN de se défendre contre les accusations de son frère et de rétablir la vérité.
  2. Le désir. Le besoin créé un désir. Pour Mat, c’est de prouver à son frère qu’il a tort.
  3. L’action. Votre personnage agit pour atteindre son désir et assouvir son besoin. Mat rappelle à son frère qu’il était présent pour lui lors de son hospitalisation.

Ainsi, une ligne de dialogue n’est pas un échange de banalités. Ce n’est pas non plus un outil pour aérer son texte. Il s’agit d’exposer l’histoire, de caractériser les personnages et de verbaliser des actions.

Ce n’est pas tout. Comme vous allez le voir, écrire un dialogue c’est aussi offrir l’occasion à vos lecteurs de pénétrer les pensées de leurs personnages préférés.

Etape 2 : Ecrire un dialogue avec les trois niveaux de sens

Un dialogue comporte trois strates de sens :

  1. Le texte.
  2. Le sous-texte.
  3. Et l’inconscient.

Chacun de ces niveaux apporte une profondeur supplémentaire à vos dialogues ainsi qu’aux personnages les prononçant.

Le texte :

Ce niveau-là est systématiquement présent. Il s’agit de la signification même de la ligne de dialogue. Autrement dit, le texte est le sens premier de la phrase indépendamment du personnage qui parle et du contexte du dialogue.

Exemple :

Votre personnage dit : « Je vais le tuer. »

Le texte nous indique qu’un personnage a l’intention d’en tuer un autre. C’est le sens strict de la réplique. Mais si on y ajoutait un contexte, cette même phrase pourrait signifier « Je suis en colère et je vais lui faire comprendre ». Là, on sortirait donc du niveau texte pour entrer dans le sous-texte.

Le texte paraît facile à mettre en œuvre : il suffit de faire dire aux personnages ce qu’ils pensent ou ressentent. Eh bien, non. Parce qu’il y a des pièges.

Le risque en écrivant des dialogues où vos personnages disent exactement ce qu’ils ressentent/pensent, c’est de paraître faux. Personne ne dit : « Je suis en colère et je vais lui faire comprendre ». Les gens expriment leurs émotions de manière détournée, ils disent : « Ce petit con a dépassé les bornes ! »

Le deuxième problème que provoque un texte trop directe est de créer un décalage entre les paroles de votre personnage et ce qu’elles insinuent : le sous-texte. Ce qui nous amène au point suivant.

Le sous-texte :

Le sous-texte rend vos dialogues plus intéressants et plus réels.

En effet, le sous-texte correspond à ce que ne dit pas votre personnage mais qu’il pense tout de même. Le fait de ne pas le dire directement permet aux lecteurs de s’impliquer. Ils cherchent ce que signifient vraiment les paroles du personnage.

Voici deux exemples.

Sans sous-texte :

Marc se glissa derrière sa femme et lui murmura à l’oreille : « J’ai envie de toi. Tout de suite.

̶  Arrête, souffla-t-elle, je n’ai pas envie de faire l’amour. »

 Avec sous-texte :

Marc se glissa derrière sa femme et inspira profondément par le nez. « Tu sens si bon.

̶  Marc… J’ai encore beaucoup de travail. »

Dans un cas, Marc dit clairement qu’il ressent une pulsion de désir envers sa femme. Dans l’autre, il lui fait comprendre en faisant un compliment érotique.

De la même manière, dans le premier exemple, sa femme dit qu’elle ne veut pas faire l’amour. Il est possible qu’un personnage agisse ainsi. Mais la plupart du temps, la deuxième réaction est plus plausible : se trouver une excuse sans pour autant dire non frontalement.

Comme toujours, il faut savoir trouver un juste milieu. Dites tout explicitement et vos dialogues sonneront creux. Cachez le sens des répliques trop profondément et vos lecteurs ne comprendront rien.

Une technique pour apporter un sous-texte compréhensible à vos dialogues est d’introduire un élément qui sera l’objet du conflit entre les personnages s’exprimant.

Je m’explique :

Marc trouve que sa femme ne couche plus assez souvent avec lui. Plutôt que d’aborder le sujet frontalement, il critique un autre élément de leur vie de couple. Par exemple, il lui reproche de ne plus porter la jolie robe qu’il lui a offerte lors de leur premier rendez-vous. Mais dans le sous-texte, il lui reproche de ne plus se faire belle. Elle-même va répondre que la robe n’est plus en état d’être portée. Mais ce qu’elle dit vraiment, c’est qu’elle voudrait de nouvelles robes.

Ainsi, vous évitez d’écrire un dialogue barbant et gênant.

Remarque : Le sous-texte apporte de la profondeur à vos lignes de dialogues. Je vous incite donc fortement à le travailler. MAIS, il faut garder à l’esprit que certaines répliques n’auront pas de sous-texte. Ou très peu. Cela dépend de vos personnages et de la situation dans laquelle ils se trouvent.

L’inconscient :

Le troisième et dernier niveau d’un dialogue est l’inconscient. Il s’agit de ce que les répliques nous apprennent de vos personnages sans qu’eux-mêmes n’en aient conscience. Comme nous l’avons vu à l’étape 1, un dialogue constitue une action. Et derrière l’action qu’entreprend le personnage, nous discernons ses motivations donc sa personnalité.

Je vais vous présenter une ligne de dialogue, puis nous allons la décortiquer pour retrouver ce qui correspond au texte, au sous-texte et à l’inconscient.

Luc et Nick sont amis de longue date. Luc est venu demander de l’argent à son ami. Et ce n’est pas la première fois. Nick est agacé par la situation et refuse de l’aider. Conscient qu’il n’obtiendra pas ce qu’il souhaite, Luc part en déclarant : « Je reviendrai lorsqu’il y aura ta femme. D’habitude, elle se montre plus généreuse que toi. »

Le texte indique deux choses :

  • Luc repassera, plus tard.
  • Luc affirme que la femme de Nick est plus généreuse que lui.

Le sous-texte nous apprend que Luc a eu une aventure avec la femme de son ami. Ou, du moins, c’est ce qu’il veut faire croire à Nick.

Le niveau inconscient révèle l’intention de Luc derrière cette réplique : Il veut blesser Nick en détruisant son mariage. Et préserver son orgueil de s’être vu refuser l’argent en montrant qu’il peut au moins avoir sa femme.

Tout ceci n’est pas dit directement par Luc. Ce n’est pas non plus le message qu’il veut faire comprendre à Nick. Il s’agit de ses motivations intérieures. De ses désirs qui le dirigent sans qu’il n’en ait conscience.

Etape 3 : Ecrire un dialogue unique

Pour que vos lecteurs lisent votre roman, ils doivent croire à l’histoire et aux personnages. Et pour croire aux personnages, ces derniers doivent prononcer des paroles qui leurs correspondent.

Voici comment faire.

De l’intérieur vers l’extérieur :

Plutôt qu’écrire un dialogue en fonction de ce que vous avez besoin (l’extérieur), vous allez le travailler du point de vue émotionnel des personnages (l’intérieur). Puis vous allez transposer la vie intérieure du personnage en paroles et actions concrètes.

Exemple :

Louis traîne avec une amie lorsqu’il apprend le décès de son père.

Votre intention est d’utiliser ce drame pour faire tomber Louis dans les bras de son amie. Vous décidez donc que Louis va se mettre à pleurer. Qu’il va lâcher deux-trois « Pourquoi est-il parti si tôt. J’ai encore besoin de lui ». Son amie va le consoler et, ni une, ni deux, ils échangeront leur premier baiser.

Il y a deux problèmes :

  1. L’action est très cliché.
  2. La réaction de Louis suite à la mort de son père ne correspond peut-être pas au personnage.

En travaillant de l’intérieur vers l’extérieur :

Vous vous glisser dans la peau de Louis. Puis vous vous demandez quelle serait sa réaction face à une telle nouvelle. Aime-il son père au point de le pleurer ? Est-il du genre à repousser ses larmes par amour propre ? Se retient-il par pudeur car il n’est pas seul ?

Si vous connaissez votre personnage, vous savez répondre à ces questions. Alors vous pouvez choisir une attitude et des lignes de dialogue lui correspondant davantage. Et par exemple, lui faire dire une simple phrase : « Tu veux aller à l’hôtel ? ».

Louis ne pleure pas. Il ne montre pas directement sa peine car il est en déni. Mais nous sentons que la nouvelle le touche énormément : Il décide de coucher avec son amie pour penser à autre chose.

Sa réaction part bien de l’intérieur. De ce qu’il ressent. Et vous avez tout de même réussi à le faire tomber dans les bras de son amie.

Connaissances et personnalité :

Pour rendre un dialogue unique, vous devez tenir compte des connaissances et de la personnalité de vos personnages.

Quelqu’un d’ignorant aura tendance à utiliser des verbes et des noms génériques : « On a vite mangé ce plat de viande ». Tandis qu’une personne savante parlera avec des mots précis pour dire globalement la même chose : « On a dévoré ce ragout ».

Plus généralement, la culture d’un personnage dicte le choix de ses mots. Une femme du monde de la mode aura des anecdotes différentes d’une vendeuse de marché. Un gendarme aura un vocabulaire différent d’un informaticien.

La personnalité a aussi son rôle à jouer. Un personnage décrira une action comme « impossible » lorsqu’un autre la prétendra « difficile » ; l’un n’a pas de volonté, l’autre en a.

Il n’y a pas de secret. Pour écrire un dialogue qui colle à vos personnages, vous devez les connaître.

Ne pas confondre excentrique et original :

La différence pour la différence n’a aucune utilité. Elle est même néfaste car la patte de l’auteur est visible. Donc les lecteurs sont poussés hors de l’histoire.

La différence est une conséquence dont la cause est la personnalité du personnage.

La question indispensable :

Pour vous mettre à la place de vos personnages, vous devez vous poser une question. Mais faut-il encore savoir laquelle.

Que ferait le personnage dans cette situation ? Non. Car ainsi vous développez l’action de votre personnage… De votre point de vue.

Que ferais-je dans cette situation ? Non plus. Car ce n’est pas vous, votre vécu et votre personnalité qui devez déterminer les actions de vos personnages.

Si j’étais le personnage dans cette situation, que ferais-je ? Oui ! Car ainsi vous utilisez votre propre expérience de la vie pour décider des choix de votre personnage selon ses émotions, ses pensées, ses peurs et ses désirs à lui.

Etape 4 : Améliorer son style

Une réplique de dialogue s’articule autour d’un mot clé. Ce dernier est le plus important de la phrase car il détermine son sens.

Si je dis « Pourquoi êtes-vous… ». Le mot clé pourrait être « énervé », « en retard », « ici » ou encore « si con ».

Si je dis « Je n’aime pas les crevettes parce que leurs antennes me font penser à des aiguilles », le mot clé est « crevettes ». Le sens général de la réplique est compris lorsque ce mot est prononcé. Ensuite, il y a des précisions. Mais le sens général reste le même car le mot clé est déjà tombé.

Jouer avec l’emplacement de ce mot clé est l’un des meilleurs moyens d’améliorer le style de vos dialogues. Je vais vous montrer comment.

La phrase suspens :

Une phrase à suspense retarde l’arrivée du mot clé.

Cela permet de maintenir l’attention des lecteurs. Ils commencent la phrase et veulent en comprendre le sens… Mais le sens se trouve à la fin de la phrase. Donc leur attention se maintient au moins jusqu’à cette mini-révélation.

Un exemple :

« Je ne comprends pas pourquoi… » Pourquoi quoi ? Je veux savoir !

« Je ne comprends pas pourquoi tu ne m’as pas dit que… » Mais accouche ! Qu’est-ce qu’il ne t’a pas dit ?

« Je ne comprends pas pourquoi tu ne m’as pas dit que tu étais gay ». Ah ! D’accord. Voilà le sens de la phrase.

Attention toutefois ! La phrase suspens est super utile pour rendre les dialogues plus attrayants. Mais si vous écrivez une réplique de trois lignes et que vos lecteurs doivent retenir 30 informations avant de pouvoir comprendre votre phrase, ils décrocheront.

La phrase cumulative :

Ce type de phrase est l’opposée de la suspens. Vous allez amener le mot clé le plus tôt possible puis apporter du détail au sens de votre phrase.

Un exemple :

« Les gaulois sont des barbares… » Ok, j’ai compris le sens général de phrase. Mais encore ?

« Les gaulois sont des barbares incapables de s’unifier en une seule nation… » Très bien. Quelque chose à ajouter ?

« Les gaulois sont des barbares incapables de s’unifier en une seule nation ou de se liguer contre un ennemi commun ». J’ai compris le sens de la phrase, puis j’ai intégré les précisions.

Vous avez compris le principe ?

La même phrase au format suspens aurait donné : « Incapables de s’unifier en une seule nation ou de se liguer contre un ennemi commun, les gaulois ne sont que des barbares ». L’effet est différent. Et ici, le fait de retarder le mot clé rend la phrase peu naturelle.

La phrase équilibrée :

La phrase équilibrée porte bien son nom puisqu’elle consiste en un juste milieu des deux précédentes. Le mot clé n’est pas révélé immédiatement, donc un certain suspens est présent au début. Et après le mot clé, il y a tout de même une partie détaillant le sens de la phrase.

Exemple :

« À n’importe quelle époque et dans n’importe quel pays… » Quoi ? Que se passe-t-il ?

« À n’importe quelle époque et dans n’importe quel pays, les puissants ont opprimé les faibles… » Ok. J’ai compris le sens de la phrase. Mais encore ?

« À n’importe quelle époque et dans n’importe quel pays, les puissants ont opprimé les faibles alors que leur responsabilité était de les protéger » D’accord. C’est plus clair.

Alterner :

Le but de vous apprendre ces différents types de phrase n’est pas de vous pousser à choisir l’un des trois.

Si vous n’écrivez que des dialogues « suspens », vous lasserez vos lecteurs et rendrez vos lignes artificielles. Idem, trop de phrases cumulatives rendront vos dialogues barbants. Et en restant sur des équilibrées, vous n’utiliserez jamais le plein potentiel des deux autres…

Le but est donc d’alterner entre ces trois options. De varier en fonction de ce que vous avez à dire (ou plutôt, de ce que vos personnages ont à dire) et de l’effet que vous voulez produire sur vos lecteurs.

La pause :

Utilisée à bon escient et avec parcimonie, la pause vous permettra d’accentuer l’impact de vos répliques. Pour cela, il suffit de « couper » un dialogue avec une description, une réflexion ou une action avant de retourner au dialogue et sortir la réplique choc.

Par exemple :

Imaginons une dispute de couple.

̶  Quelque chose ne va pas chez moi. C’est ça ?

̶  Ce n’est pas ce que je dis, murmura-t-elle absente.

̶  M’as-tu seulement jamais aimé ?

Ophélie ne remua pas les lèvres. Mais ses pensées tourbillonnaient. L’aimait-elle ? Oui. Après 4 ans de relation, de puissants liens existaient. Mais l’aimait-elle au sens où lui l’entendait ? Prête à tout sacrifier pour vivre à ses côtés.  Fidèle malgré les occasions de faillir. Dévouée jusqu’au dernier souffle.

̶  Non, lâcha-t-elle enfin.

Toute la partie en immersion dans les pensées d’Ophélie marque une pause dans le dialogue. La tension monte. Les lecteurs se demandent quel va être la réponse. Puis, finalement, la réponse vient.

Bien sûr, il ne faut pas utiliser la pause à tout va. Si elle était placée après la première réplique, l’effet aurait été nul. Car le vrai enjeu de ce dialogue arrive à la fin : l’aime-t-elle, oui ou non. C’est sur ce point que vous devez donc forcer le lecteur à attendre.

L’économie :

Ce n’est pas en ajoutant des mots à un dialogue qu’il s’améliorera. En fait, c’est souvent le contraire.

Faites en sorte que vos personnages utilisent le moins de mots possible. Ce qui ne veut pas dire : plus c’est court, mieux c’est. Non, le but est que vos personnages ne prononce que ce qui est utile tout en respectant leur caractérisation.

Donc :

  • Chaque mot à son utilité. Il n’est pas mis pour faire joli mais pour transmettre les pensées d’un personnage.
  • Les expressions faciales, le ton de la voix et les gestes remplacent les mots dès que possible (possible = utile + cohérent).
  • Une action physique peut remplacer un discours tout en étant plus marquant. N’hésitez donc pas à faire agir vos personnages plutôt que parler.

Les procédés d’écriture :

Pour développer la portée symbolique de vos dialogues, connaissez et utilisez tous les procédés d’écriture. Je vous en liste quelques-uns ici, mais il en existe bien d’autres.

  • La métaphore : donner à un mot un sens que l’on donne habituellement à un autre en jouant sur les ressemblances (ex : avoir soif de pouvoir).
  • La synecdoque : prendre le plus pour le moins, le contenant pour le contenu, la partie pour le tout (ex : Boire un verre).
  • L’oxymore : associer deux termes aux sens contradictoires (ex : une douce tempête).
  • La personnification : humaniser un concept ou un animal (ex : la haine s’empara de moi).
  • Plus de techniques ici : figures de style.

Testez et réécrire ses dialogues :

Une bonne réplique, un bon dialogue, n’est pas le fruit d’une illumination. Mais le résultat d’un travail de réécriture et de recherche.

Ecrivez votre dialogue même s’il n’est pas parfait. Puis observez-le. Que pouvez-vous améliorer ? Quelles erreurs avez-vous commises ? Corrigez cela.

Ecrivez. Effacez. Testez. Réécrivez. 5 fois. 10 fois. Voyez ce qui fonctionne et ce qui ne marche pas. Puis gardez le meilleur.

Etape 5 : Ecrire un dialogue sans ruiner son histoire

Pour terminer ce long apprentissage du dialogue, je vais vous lister les 7 erreurs à ne pas commettre.

1) L’exposition flagrante :

Nous l’avons vu dans l’étape 1, l’exposition doit se faire à l’insu de vos lecteurs. Assurez-vous de ne pas céder à la facilité en faisant réciter à vos personnages les paroles dont vous avez besoin.

À la place, faites preuve de créativité. Demandez-vous quelles informations pourraient être utilisées par vos personnages lors d’un conflit, mettez un conflit en place, et exposez !

2) Un décalage entre les mots et la situation :

Si un passage de votre roman manque d’émotion, ajouter des mots émotionnellement forts dans vos dialogues n’améliorera pas la situation. Au contraire. Car vos lecteurs verront tout de suite que les mots utilisés par vos personnages ne correspondent pas à la situation qu’ils vivent.

Au lieu d’avoir un passage mou, vous aurez un passage mou et artificiel. Pas top.

Préférez retravailler la scène, les enjeux et les motivations des personnages.

3) Un dialogue qui imite la réalité :

Une histoire reflète la réalité comme un miroir. Mais comme un miroir déformant. Ainsi, elle peut mettre en valeur ce qui a de l’importance et minimiser l’anodin.

La vie est extraordinaire. Parfois. Rarement. La plupart du temps, elle est profondément banale. Le but d’une histoire n’est pas de transposer sur papier tout ce qu’il y a de réel. Non, son objectif est de scrupuleusement sélectionner les éléments importants pour les assembler et former un tout, porteur de sens.

Par conséquent, éliminez tous les lignes de dialogue banales.

4) Des temps forts répétés :

Lors d’un échange entre plusieurs personnages, ceux-ci agissent via le contenu de leurs paroles. L’action d’un personnage et la réaction de son interlocuteur forment un couple appelé temps fort.

Par exemple :

A fait un reproche / B change de sujet

A fait un nouveau reproche / B nie

B tente de quitter la pièce / A frappe B

B l’insulte / A se calme

Ces temps forts rythment les échanges de vos personnages. Mais il faut veiller à ne pas répéter les mêmes temps forts (donc couples d’action/réaction), sinon le rythme s’écroule.

5) Noms et verbes non précis :

Vos dialogues se doivent d’être précis. Utiliser des noms et des verbes généraux rallonge vos dialogues. Les alourdissent. N’écrivez pas : « Il marche lentement et de manière déséquilibrée vers le grand château. Il doit avoir trop bu. » Mais : « Il titube vers la forteresse. Il doit être ivre. »

6) Un mot-clé qui arrive trop tôt :

Lorsqu’un personnage A prononce le mot clé, le personnage B comprend le sens général de sa réplique. Pour peu que les deux soient en situation très conflictuelle, B répliquera dès qu’il aura compris ce que dit A.

Par conséquent, veillez à ne pas placer le mot clé trop tôt dans une réplique provoquant une réaction forte chez l’interlocuteur. Sinon, le temps que A finisse sa phrase, on se demande pourquoi B a attendu. Bref, le dialogue sonne faux.

7) Paraphraser un dialogue raté :

J’en reviens au problème de Marion : le syndrome du dialogue paraphrasé.

Si un passage ne fonctionne pas, ne paraphrasez pas bêtement vos dialogues jusqu’à ce qu’un jour, comme par magie, ils deviennent bons. À la place, retravaillez le fond. Demandez-vous ce qu’est le problème interne du dialogue.

Est-ce un décalage entre ce qui est dit et fait ? Est-ce un manque de clarté des motivations des personnages ? Un dialogue trop explicite, sans sous-texte ?

Observez le fond. Modifiez-le. Et la forme suivra.

Ecrire un dialogue dès aujourd’hui :

Tout ce que vous venez d’apprendre n’a aucune utilité si vous ne l’appliquez pas.

Il n’y a pas de sous-texte dans cette phrase. C’est un fait. Rien d’autre. Alors pour vous aider à concrétiser ces nouvelles notions, je vous propose un exercice.

  1. Descendez jusqu’à la section commentaire, un peu plus bas.
  2. Placez-vous sur la zone de texte.
  3. Partez de ce contexte : Après la mort de son amant, une femme s’interroge sur la responsabilité de son mari dans ce crime. Elle le teste lors d’une discussion.
  4. Sentez-vous libre d’ajouter des précisions à ce contexte si vous le voulez (ou de le modifier) !
  5. Ecrivez un court dialogue reflétant la discussion du couple. Utilisez les notions que vous venez d’apprendre.
  6. Si ce n’est pas parfait, réjouissez-vous : vous aurez des retours constructifs pour vous aider à comprendre ce qui vous échappe.
  7. Commentez les dialogues des autres, échangez, communiquez. C’est fait pour.

Ne faites pas vos timides : j’ai hâte de vous lire.

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